MADELEINE VOINNET / MUSEE DES ARTS DECORATIFS / PARIS

Publié le par BIENVENUE sur le blog de ZAKK

Les Arts décoratifs présentent Madeleinr Vionnet, puriste de la mode, première rétrospective parisienne rendant hommage à l'une des plus grandes couturières françaises du XXe siècle à travers cent trente modèles de 1912 à 1939 conservés aux Arts Décoratifs. Pionnière dans la maîtrise de la coupe en biais et de l’art du drapé, elle a su mettre son génie au service des femmes et de leur bien-être. Madeleine Vionnet a permis une véritable transformation de la silhouette et de l’esthétique, marquant ainsi l’évolution de l’émancipation du corps féminin. Figure phare de la haute-couture de l’entre-deux guerres, Madeleine Vionnet est considérée comme « le couturier des couturiers ».

Sa maison de couture ouvrit en 1912, mais ce n'est qu'après la Première Guerre mondiale qu'elle connut le succès. Elle est l'inventrice de la coupe en biais et du drapé que personne depuis n'a su maîtriser avec autant de perfection. Technicienne hors paire, elle a su mettre son génie au profit du corps des femmes et de leur bien-être.

Née en 1876 dans l'atmosphère des romans populistes d'une petite bourgeoisie provinciale laborieuse et appliquée, elle en vivra tous les clichés. À commencer par celui du travail des enfants. À 12 ans, elle travaille chez la femme du garde champêtre du petit village où elle vit. À 16 ans, elle monte à Paris où elle entre comme apprentie chez Vincent, rue de la Paix. À 18 ans, elle se marie, et à 20 ans elle souffre la mort de sa jeune fille. Alors que le XIXe siècle n'est pas terminé, elle se conduit en féministe avant la lettre en prenant la décision de quitter à la fois son travail, son mari et son pays. Sous prétexte d'apprendre l'anglais, elle traverse la Manche et se fait engager comme couturière dans un asile d'aliénés puis chez une dame qui habille les Britanniques de la bonne société en copiant des modèles venus de Paris. Là, Vionnet assimile non seulement la technique des grands tailleurs britanniques mais aussi découvre la façon dont les œuvres peuvent être copiées plus ou moins bien sans que personne ne s'en émeuve. En 1900, fascinée par Isadora Duncan et ses formes libres, elle explore l'art du drapé qu'elle maîtrisera si bien que l'année suivante elle est engagée comme première dans une des plus célèbres maison du Paris de l'époque, aujourd'hui tombée dans l'oubli : les sœurs Callot. " Grâce aux sœurs Callot, dira-t-elle, j'ai pu faire des Rolls-Royce. Sans elles j'aurai fait des Ford ". Puis c'est au tour de Jacques Doucet de faire appel à elle. C'est chez lui que dans toutes les créations qu'elle fera, elle supprimera définitivement l'usage du corset. Plus qu'une mode : une révolution. Car, soit dit en passant, c'est bien elle et non Paul Poiret qui a mené cette révolution-là.

En 1912, devant l'immense succès que ses créations chez Doucet remportent, elle ouvre au 222 rue de Rivoli, sa propre maison où le tout Paris commence à se presser. Deux ans plus tard la première guerre mondiale lui fait fermer sa maison, ce qui ne veut pas dire qu'elle cesse de travailler. Les modèles des années 1917 à 1919 sont parmi les plus audacieux qu'elles aient construits. De 1920 à 1930, elle donnera libre cours à sa passion des fleurs à travers des jupes corolles et surtout des amas de roses en bandeaux, en colliers, en guirlandes, toujours somptueusement parsemées sur des capes ou des cols. À la même époque l'invention du biais et la façon dont Madeleine Vionnet en défendra la maternité devant les contrefacteurs restent inscrites à tout jamais dans la mémoire de la mode. Elle furent l'occasion d'un historique procès. Elle gagnera. À dater de ce jour, elle mettra au point un système de copyright qui fait encore référence. " Non seulement, dit elle, j'appose sur chaque modèle sorti de chez moi ma griffe et un numéro de série mais aussi mon empreinte digitale. Je donne aussi le nom des personnes que j'autorise officiellement à copier mes œuvres à plusieurs exemplaires ". C'est ainsi qu'elle constituera une inestimable collection d'archives où chacun de ses modèles est photographié de face, de dos et de profil. Dans les années 1920, toute la presse spécialisée la porte aux nues. On voit ses modèles sur la Duchesse Sforza, sur Madame de Vilmorin, sur Liane de Pougy. Dans le même temps, elle s'installe avenue Montaigne et collabore à la décoration des Galeries Lafayette dont elle veut faire un temple de la mode. Plus que des robes, ses créations deviennent de véritables architectures à draper selon un rituel de gestes précis. Elle avait l'habitude de travailler sur un petit mannequin de bois peint sur lequel elle créait toutes ses toiles en modèles réduits. Elle gardera cette célèbre petite figurine dans sa chambre jusqu'à la fin de ses jours et s'en servira pour expliquer aux visiteurs curieux, les différentes étapes de son travail. Bien que n'ayant pas le goût du luxe, elle aimera s'entourer des plus beaux objets de son temps. Sa maison de vacances, la " Maison blanche " deviendra un véritable temple du bon goût et de la modernité avec des sièges de Chareau, de Franck, de Jourdain, de Herbst, de Dunand.

Alors qu'elle est au sommet de sa gloire, le jour où commence la Seconde Guerre mondiale, elle prend sa retraite. Le 17 août 1939, elle écrit : " On attend actuellement le 24 ou le 27 août -Nuremberg- comme si des lèvres du Fürher devait sortir la paix ou la guerre. Il en sortira d'autres mensonges ou folies, car, à mon avis, aucun cerveau humain n'est en ce moment assez puissant ni assez clair pour être à la hauteur du chaos actuel... " En décembre 1940, la maison Vionnet est mise en liquidation à l'hôtel Drouot. Tout le monde est licencié. Il restait à Madeleine Vionnet plus de trente années à vivre. Qu'allait-elle en faire ? Elle qui avait travaillé toute sa vie comme une forcenée, partagera désormais son temps entre la culture de son jardin, l'observation de la nature et l'écriture d'une correspondance très belle et très authentique qu'elle adresse à son ancienne première et à Liane de Pougy. Son seul lien avec la couture consistera à donner des cours à l'école "de la rue Saint Roch" (Les Ecoles de la Chambre Syndicale de la couture parisienne) où se transmet toujours les bases de sa technique de coupe et la riche tradition Haute Couture dont elle héritait, à des élèves d'origines internationales. Elle va confier l'ensemble des modèles qu'elle a conservés, ses albums de copyrights et huit cent toiles de patrons à son ami François Boucher qui, dès 1952, veut créer à Paris le Musée du Costume. Au soir de sa vie elle écrira : " L'important c'est d'arriver à vivre et à travailler tel qu'on est, en pleine vérité, en somme à s'imposer, mais il faut qu'il y ait en soi de quoi le faire. Que de gens s'ignorent toute leur vie et courent après eux mêmes... Il faut toujours se dépasser pour s'atteindre... Toujours lutter au fond, c'est passionnant... c'est la force de résistance qui soutient le mieux. Elle seule dépend de vous." C'est pour cette force de résistance et pour tout le reste que Madeleine Vionnet reste encore et toujours un exemple.

Des anciens de ses ateliers de plus de 800 ouvriers, naîtront les célèbres maisons de couture de Jacques Griffe, Marcelle Chaumont, Charles Montaigne, et Mad Carpentier.

 

Publié dans ART et CULTURE

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article