LA SAINTE RUSSIE / LE LOUVRE / PARIS

Publié le par BIENVENUE sur le blog de ZAKK

À la fin du Xe siècle, le prince Vladimir de Kiev reçoit le baptême et toute la Rous’ kiévienne se convertit au christianisme venu de Byzance. Désormais, les immenses territoires qui s’étendent à l’est de l’Europe, entre la mer Baltique, la mer Noire et la mer Caspienne, deviennent une aire d’expansion nouvelle et privilégiée de la civilisation et de l’art byzantins. C’est ainsi que commence l’histoire millénaire de la Russie chrétienne.

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Les oeuvres aujourd’hui réunies pour la première fois illustrent une diversité qui fut prodigieuse. Au-delà d’une capacité singulière à préserver l’héritage de Byzance jusqu’au seuil du XVIIIe siècle, l’art ancien russe a sans cesse réussi à le renouveler et à se forger dès l’origine une véritable identité, immédiate et forte.

 

La conversion (Xe-milieu XIe)

Avant la conversion

RUSSIE-2.pngLes Rous entrent dans l’Histoire au IXe siècle. Les premières mentions désignent un peuple païen de marchands et de guerriers, sujets d’un khagan, probablement d’origine scandinave. Ils partagent avec les Slaves de vastes territoires situés à l’est de l’Europe, entre mer Baltique, mer Noire et mer Caspienne, sillonnés du nord au sud par la route « des Varègues aux Grecs ».

 

En 839, les Annales de Saint-Bertin signalent des Rhôs qui accompagnent une ambassade de Byzance auprès de l’empereur Louis le Pieux à Ingelheim, près de Mayence. Vers 860, le patriarche Photios, à Constantinople, rend compte de leurs récentes incursions sur la capitale byzantine et évoque l’espoir de leur conversion. Au début du Xe siècle, le voyageur arabe Ibn Fadlān, venu de Bagdad, décrit les mœurs de ceux qui habitent le sud du bassin de la Volga. Les fouilles témoignent de l’existence de structures urbaines embryonnaires, dès le VIIIe siècle, sur la Volga, le long du Dniepr et autour du lac Ladoga. Monnaies et objets révèlent l’envergure des échanges commerciaux sur ces grands axes.

 

La conversion

sainterussie.jpgLes liens que la Rous’ a tissés avec le monde méditerranéen ont ouvert la voie à la conversion. Le Récit des temps passés, la plus ancienne chronique russe conservée, mentionne dès 944 la présence de chrétiens à Kiev. Peu après, en 946 ou en 957, la princesse Olga de Kiev se rend à Constantinople où elle reçoit le baptême et fait don d’une patène à l’église Sainte-Sophie. Toutefois, la conversion d’Olga est encore une initiative personnelle et la Rous’ demeure largement païenne.

 

Le christianisme s’y introduit définitivement en 988, lorsque le prince Vladimir se convertit et s’allie à la famille impériale de Constantinople. Le baptême de Vladimir, à Cherson en Crimée, est suivi de la conversion de tout le peuple, baptisé dans le Dniepr. La Rous’ a choisi le modèle religieux et politique de l’Empire byzantin. Aussitôt, Vladimir entreprend à Kiev la construction du premier édifice chrétien : l’église de la Dîme (Dessiatinnaïa) à laquelle il accorde le dixième de ses revenus.

 

Premier épanouissement chrétien (milieu XIe - début XIIIe)

La Rous’ de Kiev : l’héritage grec

RUSSIE-3.pngLe règne de Iaroslav le Sage (1019-1054), fils de Vladimir, inaugure l’âge d’or de la Rous’ kiévienne. La Rous’ a reçu le baptême de Byzance et devient aux XIe et XIIe siècles une aire d’expansion nouvelle de la civilisation byzantine. L’Eglise est grecque par ses usages, sa liturgie et ses structures ecclésiastiques, et par les modèles du monachisme initié par le moine Hilarion en 1051, au monastère des Grottes, près de Kiev. Les premières églises à coupoles - Sainte-Sophie de Kiev (vers 1040) ou Sainte-Sophie de Novgorod (1045) - sont d’origine byzantine même si leurs dimensions exceptionnelles les éloignent de leurs modèles d'origine. Des marbres de Proconèse et des décors de mosaïques exécutés par des artistes de Constantinople enrichissent Sainte-Sophie de Kiev. Les premières icônes et les plus célèbres, telle la célèbre Vierge de Vladimir, sont byzantines. Elles préludent à l’élaboration progressive de l’icône russe, à l’école de peintres venus de Byzance. L’évangéliaire d’Ostromir, vers 1056-1057, premier manuscrit daté de la Rous’, transpose l’éclat des émaux cloisonnés sur or grecs dont la technique s’épanouit dès la fin du XIe siècle à Kiev et dans la Rous’. Le luxueux calice à deux anses de Novgorod est l’un des plus éloquents témoins du rayonnement séculaire de l’art byzantin dans toute la Rous’.

 

La Rous’ de Kiev et l’Occident

portesorsouzdal.jpgDès le temps de la conversion, la Rous’ est aussi ouverte sur l’Occident. Iaroslav le Sage épouse une princesse de Norvège et noue des alliances matrimoniales avec la Hongrie, la Pologne, la Saxe et même la France, lorsque sa fille Anne est unie au roi Henri Ier en 1051. Le Psautier d’Egbert de Trèves est enrichi de nouvelles images vers 1080 à Kiev dans un style qui n’est pas celui de Constantinople et montre les signes d’une véritable autonomie. Des monnaies de l’Europe du nord des environs de l’an mil ont été trouvées à Novgorod. Des objets précieux venus du monde latin circulent dans toute la Rous’. Mieux même, lorsque la Rous’ kiévienne se fractionne en principautés rivales, celle de Vladimir-Souzdal, à la fin du XIIe siècle, semble trouver dans l’art roman de nouvelles sources d’inspiration, en particulier dans le décor architectural avec l’essor d’une sculpture monumentale jusque-là inédite. Quant aux « Portes d’or » de Souzdal, au début du XIIIe siècle, elles montrent comment la synthèse d’une technique romane et d’une iconographie byzantine peuvent se fondre pour créer une œuvre exceptionnelle et novatrice.

 

Le temps des Mongols

RUSSIE--4.pngEn 1223, les armées de Gengis Khan déferlent sur la Rous’. Les princes russes sont défaits à la bataille de la Kalka, le 31 mai 1223. Les Mongols reviennent à nouveau en 1237 . Les capitales de la Rous’ tombent les unes après les autres et deviennent vassales des Mongols qui s’installent sur les bords de la Volga où ils fondent leur point de ralliement : la Horde d’Or. Seul le nord, avec Novgorod, leur échappe, mais est menacé par les Suédois et les ordres militaires allemands.

 

Alexandre Nevski, prince de Novgorod, consolide son pouvoir en s’alliant aux Mongols de la Horde d’Or et parvient à vaincre les Suédois à la bataille sur la Néva en 1240 puis, en 1242, les chevaliers Teutoniques sur les glaces du lac Peïpous. La conquête mongole marque une véritable rupture dans les traditions artistiques de la Rous’ kiévienne qui s’inscrit cependant dans le vaste espace d’échanges de l’Empire mongol. Elles survivent toutefois et se transforment dans les régions septentrionales et centrales. Kiev, en revanche, dévastée, tombe en déclin. Le métropolite Maxime abandonne la ville et se réfugie à Vladimir en 1299.

 

Les grands centres (XIVe - XVe)

La « république » de Novgorod aux XIVe et XVe siècle

RUSIIE.pngAu début du XIVe siècle, la carte des pays russes se présente comme une mosaïque de principautés de tailles très inégales. L’une des plus puissantes est Novgorod, au nord-ouest de l’ancienne Rous’, dont le pouvoir s’étend jusqu’à la mer Blanche et en direction de l’Oural. La ville, jusqu’à sa chute aux mains de Moscou en 1478 est administrée par un véritable échevinage où chaque quartier est représenté dans le gouvernement de la cité, aux mains d’une oligarchie marchande et de propriétaires fonciers. Novgorod, en effet, appartient au réseau du commerce hanséatique tout autour de la Baltique, drainant fourrures, cire et matières premières de l’arrière pays. Des comptoirs de marchands allemands sont installés dans la ville, largement ouverte sur l’Occident. Comme dans la plupart des autres grands centres de la Russie médiévale, une école architecturale et artistique locale s’épanouit à Novgorod, stimulée par les largesses des élites et la puissance des archevêques.

 

Les grands centres de la Russie médiévale

RUSSIE-6.pngLa plupart des grands centres de la Russie médiévale développent eux aussi leurs propres écoles artistiques. C’est le cas à Pskov, cité elle aussi liée au commerce hanséatique, qui s’émancipe de la tutelle de Novgorod dès 1348. D’abord proche de Novgorod, une école de peinture revisite à son tour l’héritage byzantin de l’époque paléologue, en y puisant une grande élégance et une sensibilité particulière aux effets de couleurs franches. Tver, de son côté, située au nord-ouest de Moscou sur la route de Novgorod, devient une principauté dès le milieu du XIIIe siècle et siège d’un évêché vers 1271. Elle rivalise sur le plan politique avec Moscou qui finit par l’absorber en 1485. Sa peinture renouvelle à son tour la tradition au XVe siècle avec une grande fidélité aux canons de l’art byzantin dans une interprétation volontiers narrative, avec une palette harmonieuse où se déclinent plusieurs tons au sein d’une même couleur privilégiée.

 

Emergence de Moscou (XIVe-XVe)

L'Emergence de Moscou

RUSSIE-8.pngMoscou, mentionnée presque incidemment pour la première fois dans les chroniques en 1147, devient à la fin du XIIIe siècle la capitale d’une petite principauté aux mains de Daniel, fils cadet d’Alexandre Nevski. Entre 1304 et 1505 ses descendants parviennent à faire de leur modeste principauté une nouvelle puissance qui soumet peu à peu tous les autres centres pour former la Moscovie et s’émancipe progressivement du joug tatar. En 1380, la victoire du grand-prince Dimitri Donskoï contre les Tatars à Koulikovo en est le premier symbole qui prendra fin un siècle plus tard. Le « rassemblement des terres russes » s’accompagne du transfert décisif, en 1328, du siège des métropolites de Vladimir à Moscou, tandis que l’Eglise russe devient autocéphale en 1448. Enfin, engagé par saint Serge de Radonège au milieu du XIVe siècle, le renouveau du monachisme, soutenu par les grands-princes de Moscou, irrigue désormais les campagnes, s’étend à toute la Russie et bientôt jusqu’à la mer Blanche. L’essor de Moscou se confond aussi dès la fin du XIVe siècle et autour de 1400 avec l’art d’André Roublev et le rayonnement des ateliers d’orfèvres du métropolite Photios (1408-1431). Les liens de Moscou avec Byzance se resserrent et colorent plus ou moins fortement les premières œuvres moscovites.

 

Saint Serge de Radonège et le renouveau monastique

RUSSIE-7.pngA peine âgé de vingt ans, saint Serge de Radonège (1322-1392) fonde le monastère de la Trinité. Rompant avec la tradition des monastères urbains ou proches des villes, il établit son abbaye au milieu des forêts, inaugurant un vaste mouvement de colonisation monastique. Les nouvelles communautés, où règne une discipline beaucoup plus stricte, deviennent rapidement des propriétaires fonciers, s’élevant parfois au rang d’acteurs majeurs de la vie économique du pays. Certaines atteignent avec le temps la taille de véritables cités monastiques, ceintes de remparts, et jouent rapidement un rôle artistique majeur. Le mouvement atteint bientôt des régions beaucoup plus lointaines. Saint Cyrille de Beloozero († 1427), un des frères du monastère moscovite de Simonovo, monte au nord avec son compagnon, saint Théraponte († 1426). Tous deux sont à l’origine de la famille des monastères du lac Blanc (Beloe Ozero) dont les deux principaux portent leur nom. Suivant les cours d’eau, des ermitages et des hameaux apparaissent toujours plus au nord. L’abbaye de Solovki, sur une île de la mer Blanche, est fondée en deux temps. Germain et Sabbatios († v. 1435) débarquent sur l’îlot et y vivent quelque temps en solitaires ; quelques décennies plus tard, Germain conduit Zosime († 1478) à cet endroit. Zosime est le véritable fondateur de la communauté et obtient de Novgorod la cession de l’île et de ses droits de pêche. En tout, environ 150 fondations nouvelles apparaissent entre les années 1360 et le début du XVIe siècle. L’enracinement du monachisme dans les campagnes de la Russie proprement dite date de cette époque.

 

L'Essor de la Moscovie sous Ivan III le Grand

RUSSIE-9.pngSous le règne de Basile II (1425-1462), la transmission du pouvoir grand-princier du père au fils aîné s’impose. Ivan III (1462-1505) poursuit le « rassemblement des terres russes », annexant les principautés de Rostov (1474), Novgorod (1478) et Tver (1485). En 1480, il tient tête à la puissante armée du khan Ahmed, descendant de Gengis Khan, sur la rivière Ougra, abolissant de fait la subordination de Moscou à la Horde. Dès 1485, Ivan III se proclame « souverain de toute la Rous’ » et le terme « autocrate » commence à être utilisé. En 1498, il organise le premier couronnement russe au bénéfice de son petit-fils Dimitri, reproduisant l’investiture d’un héritier du trône byzantin. La Moscovie s’ouvre aussi sur l’Occident. En 1472, Ivan III épouse la nièce du dernier empereur byzantin, Zoé-Sophie Paléologue, une princesse grecque d’éducation italienne. Les Italiens Aristote Fioravanti, Alvise le Jeune, Marco et Piero Antonio Solari participent à la reconstruction du Kremlin. Ivan III contracte des alliances avec la Moldavie et se rapproche des Habsbourg. C’est d’ailleurs d’Autriche que vient l’emprunt de l’aigle bicéphale, représenté pour la première fois sur un sceau russe en 1497. Cependant, ces ouvertures ne diluent pas, bien au contraire, l’identité orthodoxe de la Russie.

 

Moscou : le « Grand atelier »

RUSSIE.pngLe règne d’Ivan III (1462-1505) marque l’essor spectaculaire des ateliers du Kremlin dont l’activité culmine sous Ivan IV le Terrible (1533-1584). Dès la fin du XVe siècle, ils rassemblent les meilleurs artistes de Russie auxquels se joignent monnayeurs, armuriers et orfèvres étrangers, principalement allemands, anglais ou hollandais, activement recherchés. Tous travaillent à la gloire du souverain et de l’Eglise. Ainsi naît un art de cour singulier qui concilie la tradition et les innovations techniques et décoratives issues de la Renaissance. L’orfèvrerie adopte l’émail sur ronde-bosse d’or ou encore la gravure niellée sur fond d’or lisse, inspirée des techniques occidentales de la gravure, sans exclure un attrait pour l’Orient et l’arabesque. De son côté, Dionisi et ses élèves renouvellent dès la fin du XVe siècle le regard des peintres moscovites sur la peinture grecque, tandis que les ateliers du Kremlin se singularisent bientôt par l’élaboration d’une iconographie recherchée, voire complexe, et d’un style élégant, parfois maniériste. Dans la seconde moitié du XVIe siècle, leur art se diffuse largement jusqu’aux confins de la Moscovie.

 

Moscou, troisième Rome (1502-1598)

Le « siècle d’Ivan le Terrible » (1505-1598) :

Moscou « troisième Rome »

RUSSIE-5.pngLe rassemblement des terres russes s’achève sous Basile III (1505-1533) par la prise de Smolensk et l’annexion de la principauté de Riazan. Les conditions sont alors réunies pour que la Russie unifiée, seul État orthodoxe subsistant depuis la disparition de l’Empire byzantin en 1453, puisse reprendre à son compte la conception théocratique byzantine selon laquelle il ne pouvait exister d’Église sans empire. Elles conduisent au couronnement d’Ivan IV (1533-1584) comme tsar, le 16 janvier 1547. Le tsar-autocrate devient la source unique du pouvoir, de la loi et de la justice en Russie. Il assume pleinement la succession de l’empereur byzantin en tant qu’unique souverain chrétien. Pour le moine Philothée de Pskov, Moscou est « la Troisième Rome ». Comme autrefois les empereurs byzantins, les souverains rassemblent symboliquement dans les églises du Kremlin les reliques les plus insignes, tandis que le métropolite Macaire officialise en 1547 la vénération de nouveaux saints nationaux.

 

La prise de Kazan en 1552, suivie de celle du khanat d’Astrakhan, ouvre un accès direct à la mer Caspienne et au Caucase, et l’orthodoxie s’implante sur une terre qui n’était pas sienne avec la fondation de l’archevêché de Kazan. Enfin, le prestige du couronnement impérial permet à l’Église russe d’accéder au rang patriarcal en 1589. La Russie reproduit alors parfaitement la symphonie byzantine entre pouvoir temporel et spirituel, avec un tsar et un patriarche. Toutefois, le règne d’Ivan le Terrible s’assombrit avec la guerre de Livonie qui s’enlise, le régime de terreur et de répression de l’opritchnina (1564-1572), le pillage de Novgorod, les crises frumentaires, l’assassinat du tsarévitch Ivan par son père. Ils n’empêchent pas les ateliers du Kremlin de travailler sans relâche à la gloire du tsar et de l’Église.

 

Le temps des troubles (1598-1613)

okladm.jpgLa mort sans enfant du tsar Feodor, en 1598, dernier fils d’Ivan le Terrible, marque la fin de la dynastie des Riourikides et ouvre le « Temps des troubles ». Boris Godounov, son beau-frère, lui succède (1598-1605). Un doute subsiste toutefois sur sa légitimité, amplifié par une conjoncture difficile et les intrigues, qu’un éclatant mécénat tente d’effacer. Le bruit court également que Boris a fait assassiner, en 1591, le jeune prince Dimitri, dernier frère de Feodor. En octobre 1604, un personnage énigmatique venu de Pologne prétend être Dimitri et rallie à sa cause les mécontents. Il entre dans Moscou en juin 1605. Sa religion est suspecte. Mieux même, il épouse le 8 mai 1606 la fille de son principal protecteur, Marina Mniszech, demeurée secrètement catholique. Il est assassiné à la faveur d’un complot ourdi par le clan Chouïski. Basile Chouïski se fait proclamer tsar mais ne parvient pas à s’imposer à l’ensemble du pays et les Polonais occupent Moscou jusqu’en octobre 1612. Un sursaut national libère le pays et Michel Ier Romanov est élu tsar, en février 1613.

 

De Michel Romanov à Pierre le Grand

Le règne de Michel Ier

Michail_I__Romanov.jpgL’élection au trône du jeune Michel Ier Romanov (1613-1645) inaugure un temps de restauration, avec l’aide de son père, le patriarche Philarète (1619-1633). Le retour délibéré vers l’héritage artistique du siècle d’Ivan le Terrible, semble vouloir effacer le souvenir du temps des troubles. Comme ses prédécesseurs, le tsar continue de réunir au Kremlin les reliques les plus significatives et donne une nouvelle impulsion aux ateliers du palais. La nouvelle châsse commandée en 1628 par Michel Ier pour le tsarévitch Dimitri revêt à cet égard l’aspect d’un symbole.

 

Ateliers et peintres des Stroganov

patriarchenikon.jpgLes Stroganov sont une famille de marchands originaire des bords de la mer Blanche. Leur ascension sociale, sous le règne d’Ivan le Terrible et les premiers Romanov, est liée à l’expansion de la Russie au-delà de l’Oural et à la colonisation de la Sibérie. En échange de leurs services, ils reçoivent d’immenses propriétés dans les régions nouvellement annexées où ils établissent des comptoirs de commerce et d’exploitation de matières premières. Leur siège principal se trouve à Solvytchegodsk où les salines de la Vytchegda font leur fortune. Les Stroganov y installent dès la fin du XVIe siècle un atelier de broderie dont l’âge d’or se situe vers 1650-1680 sous la direction d’Anna Ivanovna, épouse de Dimitri Stroganov. On a également donné le nom conventionnel « d’école Stroganov » à une série de peintures exécutées pour eux ou sous leur patronage par les meilleurs artistes des ateliers du tsar entre la fin du XVIe siècle et celle du XVIIe, tels Procope Tchirine ou Nazarii Istomin. Le « style Stroganov » se distingue par son caractère précieux, des figures fragiles et menues, une élégance maniériste qui font tout son charme.

 

Les contradictions du XVIIe siècle

Alexis_I_of_Russia.jpgLe règne d’Alexis Ier (1645-1676) et celui de son fils Feodor (1676-1682) sont marqués par l’expansion de la Russie vers l’Ouest et en direction du Pacifique, atteint dès 1647. Cette période correspond aussi à un temps de transformation des institutions mais aussi de fracture, avec le schisme des vieux-croyants engendré par les réformes du patriarche Nikon (1652-1658). En même temps, s’opère une lente occidentalisation des formes artistiques. L’art du portrait fait son apparition. Le naturalisme de la peinture occidentale commence à tenter les peintres d’icônes du tsar, au premier rang desquels Simon Ouchakov. Tradition et innovations baroques cohabitent quelquefois de manière surprenante.

 

Les premiers bouleversements sous Pierre le Grand

RUSSIE-10.pngEn 1697 et 1698, Pierre Ier le Grand (1682-1725) visite l’Europe avec la « Grande Ambassade » qui marque une ligne de partage définitive entre la Russie ancienne et la Russie moderne. Si, depuis le milieu du XVIIe siècle, une lente occidentalisation se faisait timidement jour, Pierre le Grand l’impose à tout le pays par une série de réformes radicales de l’armée, de l’Etat et de la société. Le patriarcat lui-même, dont le trône est laissé vacant depuis la mort du patriarche Adrien en 1700, est supprimé en 1721 et remplacé par un Saint-Synode, placé sous le contrôle de l’Etat. Enfin, en 1703, la fondation de Saint-Pétersbourg, un port ouvert sur la baltique, qui devient en 1712 la capitale, scelle l’orientation de la Russie vers l’Europe. Dans la nouvelle ville, les églises à coupoles sont délaissées au profit du modèle basilical occidental, couronné d’une flèche. Le tsar fait appel à des architectes et à des artistes européens venus, en particulier, des Pays-Bas. Les formes de l’art baroque de l’Europe du nord s’épanouissent à Saint-Pétersbourg et commencent à rayonner rapidement dans toute la Russie. La Russie moderne est en train de naître.

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